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Chronique 67 - Présidentielles 2022 : rendez-vous manqué ou début de la démocratie adulte ? Avec 58,5% des suffrages exprimés, le Président sortant remporte l’élection présidentielle 2022. Mais, pour la première fois, l’élu n’est pas le premier choix de l’ensemble du corps électoral. En effet, il se classe derrière Personne (36,59 contre 37,49%). Aussi, s’il détient la légitimité juridique,
le chef de l’État n’est plus sacré. Affaibli par une légitimité éthique incomplète, son mode de gouvernance devra être réorganisé.

Le 24 avril 2022, au second tour des élections présidentielles, 18,78 millions de citoyens ont voté pour Emmanuel Macron, contre 13,29 millions pour Marine Le Pen, tandis que 16,67 millions se sont abstenus. Comment interpréter ces chiffres au regard du corps électoral global ?

La population française en progression
La population française est passée de 66,8 millions en 2017 à 67,8 millions en 2022.
 

Le pourcentage d’inscrits en progression
Les personnes inscrites sur les listes électorales françaises étaient 45,68 millions en 2017, contre 48,52 millions en 2022. Notons cette progression pour relativiser celle de l’abstention. Car le taux réel d’abstention devrait être calculé par rapport à une proportion stable d’inscrits, alors qu’elle est mouvante.
 

Le corps électoral potentiel en progression
La quantité de personnes dotées du droit de vote ne fait pas l’objet de publication officielle précise. Il est néanmoins possible de l’évaluer, puisque l’on trouve que les 45,68 millions d’inscrits en 2017 représentaient 94% des personnes en âge de voter, tandis que les 48,52 millions d’inscrits en 2022 représentaient 95% du collège électoral potentiel. Le corps électoral potentiel global était donc de 50,6 millions en 2017, contre 51,31 en 2022. La quantité d’inscrits a donc progressé plus vite que le corps électoral. Quant aux non-inscrits, ils étaient 3,03 millions en 2017, contre 2,56 millions en 2022.
 

L’abstention réelle en progression
La proportion des inscrits qui ne se sont pas rendus aux urnes était de 25,44% en 2017. Elle est passée à 28,01% en 2022, en progression de 2,57%. Mais ces chiffres ne sont pas directement comparables, car cette proportion des inscrits dépend de l’évolution du corps électoral potentiel.
Ainsi, au regard de l’ensemble des électeurs potentiels, l’abstention est passée de 23,91% en 2017 (12,1 millions parmi 50,6 millions d’électeurs potentiels), à 26,66% en 2022 (13,56 millions parmi 51,32 d’électeurs potentiels). La progression réelle de l’abstention est donc de 2,75%.

Les votes blancs et nuls en régression

En 2017, les votes blancs étaient de 3,02 millions et les votes nuls 1,06 million. En 2022, ils étaient bien inférieurs, respectivement de 2,23 et 0,79 millions. La quantité de votes blancs a donc reculé de 26,16% (près de 800 000 en moins), et celle des votes nuls de 25,47% (près de 300 000 en moins).
Ceux qui sont allés voter se sont donc bien plus exprimés en 2022 qu’en 2017.

Les suffrages non exprimés en régression
Au total, la quantité des suffrages non exprimés (qu’il s’agisse d’abstentions, de votes blancs et de votes nuls) est passée de 16,18 millions en 2017 à 16,67 millions en 2022, soit une progression d’un demi-million. Si l’on ajoute les non-inscrits, la totalité des suffrages non-exprimés passe de 19,22 millions en 2017 à 19,24 millions en 2022. Par rapport au corps électoral global, elle se réduit donc légèrement de 37,98% en 2017 à 37,49% en 2022, soit d’un quart de point. Contrairement à ce que tout le monde dit, les français ont plus voté en 2022 qu’en 2017 !

Les suffrages exprimés en progression
Ils se sont aussi plus exprimés, car, si l’on considère la quantité de suffrages exprimés par rapport au corps électoral global, la proportion est passée de 62,01% (31,38 millions parmi 50,6 millions) à 62,5% (32,07 millions parmi 51,31 millions).

Le score du vainqueur en régression
En 2017, le candidat vainqueur avait recueilli 20,74 millions de voix, soit 43,61% des inscrits et 40,99% du corps électoral potentiel. En 2022, Emmanuel Macron ne recueille plus que 18,78 millions de voix, soit 38,52% des inscrits et 36,59% du corps électoral potentiel, soit une baisse de cinq pourcents en cinq ans.

Le score de la vaincue en progression
En 2017, la candidate vaincue avait recueilli 10,64 millions de voix, soit 22,36% des inscrits et 21,02% des électeurs potentiels. En 2022, Marine Le Pen recueille 13,29 millions de voix, soit 27,27% des inscrits et 25,91% du corps électoral global, soit une augmentation de près de cinq pourcents en cinq ans.

La légitimité éthique affaissée
A eux deux, les deux finalistes n’ont recueilli en 2022 que 62,51% des voix du corps électoral global : plus d’un tiers des français (37,49%) n’ont voté ni pour l’un ni pour l’autre. Le vainqueur n’a pas été choisi par 63,41% du corps électoral, c’est-à-dire par près de deux français sur trois.

Mais surtout, Emmanuel Macron (36,59%) termine deuxième, derrière Personne (37,49%), le grand vainqueur qui arrive d’une courte tête en première position pour la première fois.

Ainsi, la rencontre entre un homme et un peuple n’a pas eu lieu ! Aussi, si l’élection présidentielle 2022 semble vécue par une partie du corps social comme un non-événement, la découverte du score du vainqueur est en revanche un événement majeur : chacun peut désormais constater que sa
victoire est relative. Sa capacité d’entrainement s’en trouvera limitée. Car, si l'élu n'est plus sacré, le leurre de son pouvoir de thaumaturge est démasqué et le mythe français du chef tout puissant est déchiré. La France a vite besoin d’un nouveau narratif.

Certes, Emmanuel Macron détient pour cinq ans les pouvoirs constitutionnels attribués au Président de la République française. Aussi, s’il se veut être le président de tous les français, il lui faudra de l’humilité pour ne pas penser qu’il est mandaté pour appliquer des décisions qui viseraient à satisfaire ses seuls électeurs, bien minoritaires. Et il lui faudra aussi beaucoup de méthode pour prendre en charge tous ceux qui n’ont pas voté pour lui, qui se savent très majoritaires.

Sinon, l’absence de solutions (inconnues à ce jour) à la transition globale énergétique, démographique, alimentaire (…) produira la résurgence des gilets jaunes, bonnets rouges et autres black blocks. La France peut-elle encore attendre la réécriture du récit qui la conduira enfin à l’instauration d’une démocratie adulte ?

 

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17/01/2023
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